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L'Holocauste par les balles

Les fusillades de masse visant des Juifs en Europe de l'Est

By Historical Advisor and Secretary General of Yahad-In Unum Andrej Umansky FR
[1] NKVD (Narodnyi Komissariat Vnutrennikh Del) : Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Police secrète politique de l'URSS, créée en 1934 et remplacée en 1946 par le MVD (Ministère des Affaires intérieures).

[2] L’Office central pour la sécurité du Reich, abrégé en RSHA, était une organisation située à Berlin et créée le 27 septembre 1939 par Heinrich Himmler, dont la mission principale était de lutter contre les « ennemis du Reich » et les personnes « indésirables ».

[3] Se traduit littéralement par « arme de l’escadron de protection ». Une branche de la division militaire des SS, qui comprenait également l’Allgemeine (SS) et le Sicherheitsdienst (SD). Elle fut initialement créée par Heinrich Himmler en tant qu’armée politique.

Entre 1941 et 1944, des milliers d’exécutions ont eu lieu dans sept républiques soviétiques (Russie, Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Estonie, Lituanie et Lettonie), sur des territoires s’étendant de la Galicie orientale aux rives de la Baltique, des forêts moscovites aux frontières du Caucase. Si l'on ne considère que le territoire officiel de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, les chercheurs estiment que le nombre de Juifs exterminés s'élève à au moins 2,2 millions. Ce chiffre comprend 1,6 million de victimes en Ukraine, au moins 500 000 en Biélorussie et au moins 120 000 en Russie. Plus de 80 % des victimes ont été fusillées ; les autres ont été déportées et assassinées dans les camps d’extermination ou dans des camions à gaz. Parmi les autres méthodes d’extermination figuraient l’empoisonnement ainsi que l’enterrement vivant des victimes, ou encore leur mort dans des mines et des puits. Ce n’est pas pour rien que la mort des Juifs soviétiques est qualifiée d’« Holocauste par les balles ». Cette « méthodologie » criminelle consistant à assassiner par fusillade a été utilisée tout au long de l’Holocauste à l’Est, quel que soit le nombre de victimes ; qu’il s’agisse de l’extermination d’une famille juive dans une petite ville ou de dizaines de milliers de personnes dans une grande ville soviétique occupée. Tout au long de l’été 1941, tout comme plus tard en 1944, les auteurs ont suivi le même processus : l’extermination d’une population juive par fusillade d’hommes, de femmes et d’enfants, souvent juste à la sortie d’un village ou d’une ville. Le 22 juin 1941, Hitler lança l’opération Barbarossa, l’attaque contre l’Union soviétique. La guerre menée à l’Est par le Troisième Reich était une bataille idéologique, la conquête d’un Lebensraum (ou espace vital), une guerre visant l’extermination totale du « judéo-bolchevisme ». Dès les premiers jours de l’invasion, les pogroms battaient leur plein dans les pays baltes, en Galicie orientale – notamment à Lviv – et en Volhynie (Ukraine), souvent en réaction à la découverte du meurtre d’un nationaliste local dans une prison du NKVD[1]. Les premières victimes des Einsatzgruppen furent des hommes juifs, dans des villes comme Tarnopol ou Jitomir. Le reste de la population juive – les femmes, les enfants et les personnes âgées – fut confiné dans des ghettos aux conditions de vie épouvantables, où les Juifs étaient condamnés à mourir de faim, de froid et de maladie – comme ce fut le cas, par exemple, dans le ghetto de Minsk en Biélorussie, créé le 20 juillet 1941, ou dans tous les petits quartiers juifs disséminés à travers la campagne. Entre août et septembre 1941, le processus de génocide mené par les forces d’occupation allemandes s’est intensifié. Les hommes n’étaient plus les seuls à être fusillés ; désormais, les femmes et les enfants l’étaient également. À Belaya Tserkov (Ukraine), 90 enfants juifs furent abattus. Les 27 et 28 août 1941, plus de 23 000 Juifs furent exécutés par les nazis et leurs collaborateurs à Kamenets-Podolski (Ukraine). L’extermination généralisée et systématique des Juifs dans l’ensemble des territoires occupés fut menée par l’armée roumaine et les gendarmes, alliés d’Hitler. Des centaines de millions de Juifs ont été assassinés en Bessarabie et en Bucovine. La majorité d’entre eux ont été assassinés dès juillet 1941, tandis que les autres ont été parqués dans des ghettos, notamment à Czernowitz, ou dans des camps, comme ce fut le cas à Mărculeşti et à Vapniarka. Très souvent, les fusillades menées par les nazis avaient lieu en plein jour, aux abords de la ville. Les auteurs de ces crimes réquisitionnaient régulièrement des habitants pour creuser et combler les fossés, parfois même pour transporter les victimes ou leurs effets personnels. L’une des fusillades les plus meurtrières eut lieu à Kiev et anéantit l’une des principales communautés juives de l’URSS. Le 19 septembre 1941, les troupes allemandes entrèrent dans Kiev alors que des explosions retentissaient dans la ville, provoquées par les forces soviétiques en retraite au loin, et qu’un incendie violent ravageait la ville. Les flammes venaient à peine d’être éteintes que plus de 33 000 Juifs de Kiev furent fusillés dans le ravin de Babi Yar, les 29 et 30 septembre 1941, par l’Einsatzkommando 4a, des bataillons de police et la milice locale.

Les massacres s'intensifièrent à l'automne 1941, alors que les persécutions se poursuivaient depuis les pays baltes jusqu'en Crimée. Les fusillades se succédaient sans relâche dans les environs de Kaunas, de Minsk et dans la forêt de Paneriai (également connue sous le nom de Ponary), près de Vilnius. Des milliers de Juifs allemands, autrichiens et tchèques furent également déportés vers les ghettos du nord-est et connurent le même sort que les Juifs locaux. Un autre des plus grands massacres de Juifs eut lieu à Bogdanovka, une petite ville du sud de l’Ukraine, où plus de 40 000 Juifs (pour la plupart originaires d’Odessa et de Bessarabie) furent exécutés par les forces roumaines et des colons allemands en seulement dix jours. Une autre méthode d’extermination fit son apparition vers la fin de l’année 1941 : les camions à gaz. Très vite, les Juifs ne furent plus les seules victimes des Einsatzgruppen et autres unités mobiles d’extermination : communistes, prisonniers de guerre soviétiques, partisans, « Tsiganes », personnes handicapées mentales, etc.

En 1942, les Juifs vivant en Russie et, notamment, des milliers de Juifs évacués du Caucase du Nord furent soit fusillés, soit tués dans des camions à gaz. Dans le même temps, en Biélorussie et en Ukraine, les ghettos furent « liquidés », terme utilisé par les nazis pour désigner l’extermination de tous les Juifs jugés inaptes au travail. Jusqu’au printemps 1944, les fusillades se poursuivirent sur l’ensemble des territoires soviétiques occupés, visant en particulier les Juifs internés dans des camps de travail et les familles juives débusquées par la police locale alors qu’elles se cachaient.

Les auteurs de ces crimes appartenaient à différentes unités allemandes. Les plus tristement célèbres sont les Einsatzgruppen, ces « groupes d’intervention » qui ont exécuté au moins 500 000 Juifs sur le territoire des pays soviétiques occupés. Le 22 juin 1941, conformément à la directive du Reichssicherheitshauptamt[2], quatre Einsatzgruppen se mirent en route vers l’est. Composés au total de 2 800 à 3 000 hommes, les Einsatzgruppen étaient des unités paramilitaires comprenant : des membres de la police criminelle et de la Gestapo à la tête de chaque division, assistés par une unité de la Waffen-SS[3], ainsi qu’un bataillon de réserve constitué de policiers ordinaires. Ces groupes hétérogènes étaient complétés par des chauffeurs, des traducteurs, des cuisiniers et d’autres membres du personnel. Les unités étaient entièrement motorisées, ce qui leur permettait de réagir rapidement sur le terrain. Les Einsatzgruppen étaient divisés en Einsatzkommandos et en Sonderkommandos. Ils devaient suivre les troupes jusqu’au front pour s’emparer des bâtiments administratifs soviétiques, mettre la main sur des documents importants et identifier les dirigeants communistes locaux. Ils étaient également chargés des contrôles systématiques de la population, des arrestations ou des rafles de Juifs, ainsi que de leur extermination.

Les Einsatzgruppen étaient répartis en quatre groupes : l’Einsatzgruppe A, chargé de la région baltique et du nord de la Russie ; l’Einsatzgruppe B, dont le théâtre d’opérations comprenait ce que nous considérons aujourd’hui comme la Biélorussie et les régions russes de Smolensk et de Briansk ; l’Einsatzgruppe C, responsable du nord de l’Ukraine ; et enfin l’Einsatzgruppe D, qui opérait dans le sud de l’Ukraine et de la Russie. D’autres unités étaient présentes à l’Est, comme des unités SS ou des bataillons de l’Ordungspolizei (« police ordinaire »). De nombreux bataillons ont participé à l’extermination des Juifs à l’Est, par exemple lors du fusillage des Juifs de Kiev à Babi Yar, les 29 et 30 septembre 1941. À l’origine, les bataillons de police étaient censés maintenir l’ordre dans les territoires occupés et mener la lutte contre les partisans. La Feldgendarmerie, l’un des groupes de la Wehrmacht dispersés dans différentes zones administratives, joua un rôle important – notamment dans l’extermination de la population juive. Cette unité était chargée de maintenir l’ordre au sein de l’appareil militaire ainsi que parmi la population civile. En raison de ces responsabilités, les membres de la Feldgendarmerie étaient régulièrement mobilisés pour procéder à des exécutions sommaires de partisans juifs ou d’autres ennemis. Une dernière unité, peu connue, était la Geheime Feldpolizei, également une police militaire, mais chargée de missions politiques telles que la traque de l’ennemi au sein de ses propres rangs. Pendant la guerre, la Geheime Feldpolizei s’est concentrée sur l’élimination des partisans et des individus considérés comme « dangereux ».


Footnotes

[1] NKVD (Narodnyi Komissariat Vnutrennikh Del) : Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Police secrète politique de l’URSS, créée en 1934 et remplacée en 1946 par le MVD (Ministère des Affaires intérieures).


[2] L’Office central de sécurité du Reich, abrégé en RSHA, était une organisation située à Berlin et créée le 27 septembre 1939 par Heinrich Himmler, dont la mission principale était de lutter contre les « ennemis du Reich » et les personnes « indésirables ».


[3] Se traduit littéralement par « arme de l’escadron de protection ». Il s’agissait d’une branche de la division militaire des SS, qui comprenait également l’Allgemeine (SS) et le Sicherheitsdienst (SD). Elle fut initialement créée par Heinrich Himmler en tant qu’armée politique.


Images

Einsatzgruppe C Babyn Yar
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Bibliography

  • The Secret Procedures behind the Holocaust by Bullets

    Desbois, 2018

    Broad Daylight. The Secret Procedures behind the Holocaust by Bullets. La Vergne: Arcade Publishing.